Tueries du Brabant: "Le moment ou jamais pour changer la loi sur la prescription"
L’affaire des tueries remonte déjà à plus de 30 ans…
"Effectivement, c’est quelque chose qui est resté gravé dans la mémoire des Belges, l’un des faits divers les plus traumatisants. Il y avait une réelle psychose qui a duré des années, et aujourd’hui, on n’a toujours pas résolu l’affaire. C’est une affaire très marquante qui reste une énigme. Les enquêteurs sont actuellement confrontés à des témoins dont la mémoire n’est plus tout à fait fraîche et à d’autres dont le témoignage ne permet pas de faire avancer l’enquête."
Les charges qui pèsent sur Jean-Marie Tinck sont-elles crédibles? Et que penser du nouveau témoin qui s’est manifesté?
"On sait très peu de choses. On sait juste que Jean-Marie Tinck se serait confié à lui mais la confrontation qui a eu lieu n’a pas donné d’éléments probants, aux dires de l’avocat de Tinck. Les enquêteurs sont peut-être proches du but mais ils ne parviennent pas à trouver la clé du puzzle."
Les charges qui pèsent sur Tinck sont-elles probantes? Pourquoi le dossier se met-il subitement à bouger?
"C’est une question que beaucoup de gens se posent. La prescription interviendra fin 2015, donc si personne n’est sous mandat d’arrêt, il n’y aura pas de procès. Pour les familles, c’est inimaginable. On sent une volonté d’envoyer un message aux politiques pour dire qu’il faut se dépêcher de changer la loi, allonger la prescription, même si du côté des procureurs on se refuse à dire qu’on fait pression."
Le délai de prescription arrive à terme fin 2015?
"Oui. Et pour organiser un procès, c’est un délai trop court. Il faudrait retrouver tous les auteurs, tous les éléments, ce qui prendrait encore un temps fou. Même s’il peut y avoir des suspensions dans le délai de prescription. Il est donc nécessaire d’avoir une modification de la loi."
Peut-on imaginer la prolongation voire la suppression de la prescription pour de tels dossiers?
"C’est envisageable, cela existe déjà pour de faits de génocide. Le problème c’est que tous ces dossiers doivent pouvoir à un moment donné être refermés, aussi parce que les témoins n’ont plus la mémoire suffisamment fraîche. Pour des cas de braquage et de faits violents, l’essentiel des éléments sont récoltés en début de procédure. 50 ans après, de plus en plus de témoins peuvent se manifester sans que leur témoignage soit forcément pertinent."
Et maintenant que va-t-il se passer?
"Il y a de nouvelles pistes que les enquêteurs explorent. Quant à Tinck, il repassera devant la chambre du conseil dans un mois."
Ce dossier risque-t-il la prescription?
"Oui, si on ne change pas la loi. C’est la raison, pour laquelle on en parle autant pour l’instant et que les magistrats tiennent à faire passer ce message."
Bron: Le Soir