Hieronder de artikels van Le Soir over deze overval en de bende van Laeremans. Vooral het eerste artikel - over hun arrestatie - is uitermate interessant.
Arrestation des auteurs du hold-up mortel de Braine-l'Alleud - Cinq truands voulaient écumer le Brabant wallon
Les trois auteurs et deux complices du hold-up mortel commis le 15 septembre dernier à la station-service Esso située au coin de la chaussée de Nivelles et de la rue du Lion, à Braine-l'Alleud, sont sous les verrous. Ces arrestations, opérées grâce aux efforts de l'équipe du commissaire en chef de la Police judiciaire de Nivelles, M. Gilbert, mettent fin, selon les autorités judiciaires nivelloises, aux activités d'une bande organisée qui avait l'intention de s'armer afin de commettre toute une série d'agressions dans le Brabant wallon et le reste du pays.
Les deux complices, Vincent Leroy (27 ans) et Antonio La Ferrara (30 ans), ont respectivement fourni la voiture, une Fiat 127, et vendu l'arme, un 7,65 avec silencieux et munitions pour 40.000 FB. Quant aux trois auteurs ou co-auteurs de cette attaque, il s'agit de Daniel Laeremans (33 ans), Ionnis Gronpanopoulos (32 ans), un ancien légionnaire, et Gilbert Bourdiallt (41 ans), un ressortissant français né à Caen.
Les trois hommes ont chacun joué un rôle dans cette agression. Daniel Laeremans est entré dans la station-service et a menacé Maximilien Méhaignoul, le beau-père du gérant, d'un revolver GP 9 mm avant de s'emparer de la caisse qui contenait environ 100.000 F. Gronpanopoulos a, lui, plaqué M. Méhaignoul au sol et l'a abattu de deux balles tirées à bout portant dans la tête, avec un 7,65.
Gilbert Bourdiallt, qui conduisait la voiture, est resté à l'extérieur pour faire le guet: il serait le chef de la bande. Le Français a été arrêté à Caen et l'arme du crime a été retrouvée à son domicile.
Les cinq hommes sont connus à des degrés divers des autorités judiciaires et notamment pour vols à main armée, tir à la mitraillette, assassinat, etc. Ils se sont rencontrés, il a environ deux mois, dans les cafés du plateau de la gare de Tubize et ont décidé, à l'initiative de Bourdiallt, condamné pour assassinat et sorti de prison il y a quatre ans, de constituer une bande dont le coup d'essai serait la station de Braine-L'Alleud. Le butin devait servir à l'achat d'un arsenal pour leurs hold-up. Avant d'attaquer en deux minutes la station de Braine, les voyous avaient fait le point dans un café voisin et décidé, semble-t-il, de ne laisser aucune trace ni aucun témoin.
Le Premier substitut Raymond Loop, porte-parole du parquet de Nivelles, et M. Gilbert, commissaire en chef de la Police judiciaire, ont précisé que la rapidité de l'enquête résultait du renforcement en hommes et en moyens de la PJ de Nivelles ainsi que de la politique de filtrage des affaires qui lui sont confiées.
Bron: Le Soir | 17 September 1990
Assises du Brabant: l'exécution d'un pompiste - Un procès de la violence à l'état pur
Des bandits professionnels ce lundi matin dans le box des assises du Brabant. Ils doivent rendre compte du vol avec circonstance de meurtre sur la personne d'un homme de 67 ans, Maximilien Mehaignoul, qui venait de relayer son fils à la station-service Esso du 98 de la chaussée de Nivelles à Braine-l'Alleud, dans la soirée du mardi 11 septembre 1990.
Il est probable que seulement trois d'entre eux sur cinq répondront à l'appel du président Jean-Pierre Collin.
Le quatrième (au rôle secondaire d'ailleurs) a pris le parti de la fuite, tandis qu'un cinquième, Français, sera jugé dans son pays.
Fauves trop tot libérés?
Ce procès révélera les dessous du grand banditisme, celui de l'exercice d'une violence à l'état pur par des hommes pour lesquels la vie humaine n'a aucun prix. Seul compte l'assouvissement de leur besoin d'argent. Tout leur passé témoigne de cette attitude.
La peine infligée au tueur Ioanis Grompanopoulos, 33 ans, pour des méfaits antérieurs ne devait s'achever qu'en novembre 1994. L'instigateur du meurtre, celui qui ordonna à l'ancien légionnaire grec de tuer le pompiste de deux balles dans la nuque est le sujet français Gilbert Bourdillat. Le juge de l'application des peines français n'a pas été plus ferme que le pouvoir exécutif belge, puisque, si l'on avait respecté l'arrêt rendu aux assises de Colmar, ce Bourdillat aurait dû rester à l'ombre jusqu'en l'an 2002.
Comme si l'on avait voulu présenter un «cas école» du banditisme européen mené dans la grande banlieue sud de la capitale de la Communauté européenne, le troisième larron est de nationalité italienne: Antonio La Ferrara, 32 ans, résidant à Tubize. Deux Belges pour faire bonne mesure: Daniel Laeremans, 35 ans, de Rebecq, et Vincent Leroy, 29 ans, auxiliaire garagiste de la bande et disparu dans la nature juqu'à la veille de son procès.
“Orange Mécanique”
De la violence à l'état pur, qui rappelle l'atmosphère d'«Orange mécanique», de Stanley Kubrick, film qui passait sur nos écrans quand Grompanopoulos avait seize ans. Ce sont Ioanis le Grec et Daniel le Belge qui sont, en compagnie du Français Bourdillat, présents sur les lieux du hold-up. Antonio l'Italien avait fourni l'arme, Vicent le Fugitif avait procuré le véhicule. Le groupe passe d'abord au café «La Barrière» de l'avenue Alphonse Allard, à Braine, et ils boivent du vin rouge. C'était pour se donner du courage, confessera Daniel le Belge. On graisse l'arme du crime, et il est convenu à l'avance que le pompiste sera abattu de deux balles dans la nuque lorsqu'il aura été obligé de se coucher ventre à terre. Il faudra bien, au cours du procès, un petit mot d'explication de l'avocat général Jean Spreutels pour éclairer l'opinion sur l'absence du mot préméditation dans ses réquisitions. Il est vrai qu'au tarif du Code pénal le vol avec circonstance de meurtre dispense de prouver la préméditation, puisqu'il peut être puni lui aussi de la peine de mort. On a retrouvé le pompiste dans la position du scénario conçu par les gangsters. Avec trois paquets de cigarettes en main: ceux de leur «pseudo-commande» sans doute. Ioanis le Grec fut l'exécuteur.
Petit flash-back sur les «prouesses» commises par cette bande depuis la libération anticipée de ses membres. Un hold-up au bar «Le Rouge et le Noir», à Rebecq, le 18 février 1990. Un hold-up à la station-service Esso de la chaussée de Braine, à Soignies, le 31 mars. Quatre personnes y sont braquées, mais les bandits se contentent de tirer en l'air. Vol de la caisse, des portefeuilles, etc. Le 5 septembre de la même année, la bande veut attaquer le bureau de poste de Familheureux, mais leur voiture est accidentée sur le chemin. Deux jours plus tard, ils commettent des vols avec effraction à Tubize. Puis aussi des cambriolages dans un club de football. Le 27 février 1991, agression à mains nues de Mme Maria Vandeborme, qui tenait un magasin de chaussures chaussée de Waterloo à Saint-Gilles. On passe les détails.
Un indic?
Chose étrange. Le meurtre est commis un lundi. Le jeudi, un «anonyme» dénonce Daniel le Belge et Antonio l'Italien à la police.
Il se vérifiera plus tard que la «balance» n'était autre que le tueur lui-même, Ioanis le Grec. Une dénonciation suicidaire fondée sur un remords qu'il semble cultiver aujourd'hui en prison?
Le bruit court, dans les milieux proches de la défense de Ioanis le Grec, que celui-ci aurait été un informateur de la police.
De quelle police?
Vous avez dit «de Nivelles»? Vous n'auriez point rêvé! À vérifier au cours des débats.
Bron: Le Soir | Guido Van Damme | 19 Oktober 1992
Assises du Brabant: faire le tri des accusés avant le verdict?
Les trois gangsters qui doivent répondre de la froide exécution de Maximilien Méhaignoul par deux balles dans la tête au soir du 11 septembre 1990 à la station Esso «Le Lion» de Braine-l'Alleud, n'ont pas eu droit à des prix Goncourt pour les défendre; mais en fait de plaidoiries, ce fut cependant de grande qualité. L'allusion littéraire n'est pas gratuite: le complice français de la bande, Gilbert Bourdillat, qui n'aurait en principe pas dû quitter sa prison avant le nouveau millénaire, n'a bénéficié d'une réduction de peine (qui aura été fatale à M. Méhaignoul) qu'avec l'appui de l'auteur des «Fruits de l'hiver», Bernard Clavel, Goncourt 1968.
Le procès en est à la première phase des débats, celle qui doit conduire au verdict que les jurés rendront mercredi soir ou jeudi. Pour le tueur grec Ioannis Grompanopoulos, l'accompagnateur belge Daniel Laeremans et le fournisseur italien de l'arme Antonio La Ferrara, l'avocat général Jean Spreutels demande au jury de répondre «oui» à trois reprises, quant à leur participation individuelle au vol des quelque 100.000 francs. Il demande aussi de répondre «oui» à une quatrième question établissant la circonstance aggravante objective qu'un meurtre a été commis pour assurer l'impunité du vol, s'appliquant aux trois. Au tarif des peines, cela mène droit au maximum.
Il semble douteux, malgré la fidélité de la Cour de cassation à un vieil arrêt de 1904 en faveur de la «corréité», que la défense de l'Italien ne tente pas d'obtenir mercredi des questions séparées pour chacun, pour faire un premier tri parmi les gangsters.
Les défenseurs du Grec et du Belge plaident coupables. Pour Laeremans, Me Pierre Chome a fourni une belle page d'histoire sociale contemporaine. Il montre l'enchaînement du malheur dans la mouvance du déclin des Forges de Clabecq. Il fait aussi le procès des psychiatres, dont il montre la légèreté. Me Denis Bosquet demande que l'on fasse la différence: Ce n'est pas Laeremans qui a tiré, ni donné l'ordre de tirer, Il a dit «On s'en va...» immédiatement après le vol, mais avant les deux coups de feu donnés par le Grec.
Intervention très directe de Me Pierre Gougnard: Grompanopoulos est un chien errant qui recherche une caresse, et quand il l'a trouvée, il ne quitte plus son nouveau maître. Il se défend d'avoir voulu mettre les services de l'ordre en cause. D'ailleurs, étant Nivellois, j'entends affirmer ici qu'on y rend la justice aussi bien qu'ailleurs. Sourires amusés du côté de la Cour.
Me Didier de Quévy a forcé le respect en tenant un discours qui aurait bien pu être celui d'une partie civile, n'escamotant aucune des responsabilités de son client, mais demandant dès à présent aux jurés de faire oeuvre de justice en tenant compte de l'enfance épouvantable, de l'influence du passage à la Légion étrangère et du fait que, lorsqu'il est pris dans des structures (Légion, famille, prison...), Grompanopulos se comporte normalement et n'est pas le monstre qu'on peut penser.
Bron: Le Soir | Guido Van Damme | 28 Oktober 1992
"L’abattage" d'un pompiste de Braine-l'Alleud aux assises du Brabant - Un jury presse-bouton ou un jury innovateur?
En limitant son droit de réplique au seul Antonio La Ferrara, l'Italien qui a fourni le pistolet avec silencieux dont se servit le Grec Ioannis Grompanopoulos pour abattre Maximilien Méhaignoul, sous les yeux de Daniel Laeremans, l'avocat général Jean Spreutels a involontairement rendu un hommage au bâtonnier Xavier Magnée, qui aura occupé le sommet de ce procès avec une plaidoirie sur la participation criminelle. Plus de problème pour les deux accusés principaux: en aveux, ils seront déclarés coupables, et on ne s'occupera plus d'eux qu'au moment du débat sur la peine.
Mais pour cet Antonio au coefficient intellectuel de 70, à la limite de la débilité, qui n'a été présent ni au moment des faits ni au moment du partage du butin, et dont on n'a pas la certitude qu'il ait seulement eu connaissance de l'utilisation précise que l'on ferait de sa dangereuse marchandise, faut-il que le jury lui applique, comme le feraient des «presse-boutons» parlementaires, la circonstance aggravante objective de meurtre pour un vol dont il a peut-être même ignoré la localisation?
Deux grands pénalistes ont uni leurs efforts pour tenter de prouver le contraire, et pour demander que la question de la circonstance aggravante de meurtre soit posée séparément pour chacun des trois accusés, en sorte que le jury aurait la possibilité, même en imputant le vol à l'Italien, de ne pas retenir contre lui la circonstance de meurtre. Me Fernande Motte de Raedt assemble tous les éléments qui font défaut pour établir le concert préalable.
Mais elle joue la carte de la franchise avec les jurés, et estimant qu'un acquittement d'Antonio pour les faits de Braine serait moralement difficile à supporter, elle demande au président Collin d'ajouter une question qui permettrait de condamner l'Italien pour détention et vente illégales d'une arme.
C'est à la jurisprudence suivie par la Cour de cassation depuis près d'un siècle que va s'attaquer le bâtonnier Magnée, estimant qu'elle ne convient plus à ce temps et que réduire le meurtre à un simple accessoire du vol, c'est réduire le meurtre à un accessoire accroché comme une casserole à un pare-choc. Me Magnée remonte jusqu'aux travaux parlementaires du début de siècle, et prouve que le législateur n'a certainement pas voulu la dérive que l'on suit depuis près d'un siècle.
L'essentiel étant que, comme le dit Nypels dans un commentaire de 1872 pour que toute la criminalité de l'acte puisse s'étendre à tous les codélinquants, chacun d'eux doit avoir connu, au moment de l'action, non seulement le crime, mais encore les circonstances qui l'ont accompagné. Pour l'avocat d'Antonio, placer le vol en premier et le meurtre comme simple accessoire du vol est une attitude du siècle dernier et mon soupçon est qu'elle soit terriblement bourgeoise.
Un arrêt de la cour a rejeté les conclusions du bâtonnier, au nom de la jurisprudence de la Cour de cassation, mais aussi au nom des nécessités de lutter contre cette forme de criminalité. Cette motivation n'était-elle pas déjà une prise de position dans le débat lui-même?
Longue séance de nuit pour les répliques, et première délibération du jury prévue ce jeudi matin. Arrêt jeudi soir ou vendredi.
Bron: Le Soir | Guido Van Damme | 29 Oktober 1992
Aux assises du Brabant, le garagiste du gang de Braine - Il a prêté l'auto du crime
Mardi 11 septembre 1990, à la station Esso de la chaussée de Nivelles à Braine-l'Alleud, Maximilien Méhaignoul, qui aidait son gendre exploitant de la station, est sauvagement abattu de deux balles dans la tête. Il avait dû se coucher, face contre terre, et un des gangsters avait tiré sans sommation. Une exécution brutale qui conduisit trois hommes aux assises du Brabant, en octobre 1992. On s'en souvient peut-être: Ioanis Grompanopoulos fut condamné à 20 ans de travaux forcés, Daniel Laeremans à 20 ans également, et Antonio La Ferrara, qui n'avait pas participé directement à ce massacre mais qui avait fourni l'arme du crime, fut condamné à 15 ans de travaux forcés. Il y avait un manquant à l'appel: c'était le garagiste de la bande, celui qui avait fourni la voiture devant servir aux auteurs du hold-up, Vincent Leroy. En fuite, Vincent Leroy fut condamné à cinq ans de réclusion par contumace aux assises du Brabant le mercredi 9 décembre 1992.
On repart à zero
Repris entre-temps, Vincent Leroy comparaît ce lundi aux assises, où l'on reprendra complètement le dossier. Exactement comme pour Bajrami, le jour où la justice aura remis le grappin dessus. Il faut savoir cependant que la procédure par contumace est très différente de celle des condamnations par défaut, dans la mesure où les juges populaires se sont absolument pas liés par la décision par contumace des juges professionnels qui ont infligé ces cinq ans hors la présence de jurés ni même de l'avocate de Leroy.
L'affaire est reprise à zéro, conformément d'ailleurs à l'art. 476 du code d'instruction criminelle qui prévoit que si l'accusé se constitue prisonnier ou s'il est arrêté avant que la peine soit éteinte par la prescription (ce qui est le cas de Vincent Leroy) le jugement rendu par contumace et les procédures faites contre lui depuis l'ordonnance de prise de corps ou de se présenter SONT
Anéantis de plein droit
Même pour les intérêts civils: Me Jean-Paul Dumont, qui est partie civile en cette affaire depuis longtemps, doit se reconstituer partie civile. Ce qui signifie que Vincent Leroy pourrait fort bien être condamné plus lourdement qu'il ne le fut par contumace. Ces cinq ans se trouvent être réduits à un simple argument de plaidoirie pour Me Véronique Laurent lorsqu'elle s'adressera aux jurés: messieurs dames, même les juges professionnels ont estimé de pas devoir infliger plus de cinq ans. Mais cela n'a d'autre valeur, puisque cet arrêt est anéanti de plein droit et qu'il ne figure même plus à titre folklorique dans l'acte d'accusation que vient de rédiger l'avocat général Jean Spreutels.
Bataille juridique
Ces cinq ans ont d'autant moins de signification que le jury pourrait être tenté de respecter une certaine justice distributive. Si celui qui a fourni l'arme, Antonio La Ferrara, a été condamné à quinze ans, peut-on n'infliger que cinq ans à celui qui a fourni le véhicule? Tout dépendra de l'issue de la bataille que mènera sans doute la défense pour obtenir une requalification des faits par le biais de questions additionnelles posées aux jurés.
Une jolie bataille juridique en perspective. Leroy et La Ferrara occupaient tous deux l'arrière-plan de cet acte de banditisme, et il n'a jamais été prouvé sérieusement que ni l'un ni l'autre aient connu les intentions de l'assassin. Antonio La Ferrara est tombé sur le champ d'honneur de la corréité, de ce principe qui veut que tous les acteurs d'un méfait montent sur la même charrette qui conduit au verdict. On avait demandé des questions séparées pour lui, et le bâtonnier Xavier Magnée avait lancé une des plus belles philippiques qu'on ait jamais entendues en faveur d'une justice personnalisée. Rien n'y fit, et même la Cour de cassation donna sa bénédiction à ce triomphe des circonstances aggravantes objectives. On parle depuis de l'arrêt La Ferrara comme d'une bulle pontificale.
Les partisans de la justice personnalisée dès le débat sur la culpabilité seront-ils plus heureux lors de l'examen de ce dossier «lanterne rouge» du drame de Braine-l'Alleud? Tout dépendra sans doute des jurés, et de la manière dont le président Collin réagira au moment de la formulation des questions. L'aventure comporte un certain risque: à considérer finalement que toute la Belgique est favorable au principe de la corréité, on pourrait tomber un jour sur un jury qui infligerait aux partisans de l'arrêt La Ferrara un bel acquittement technique. Cela s'est déjà vu.
Bron: Le Soir | Guido Van Damme | 7 Februari 1994
Assises du Brabant: Meurtre dans une station-service de Braine-l’Alleud - Une voiture prêtée le conduit dans le box des accuses
Voici donc, au terme de sa cavale (il est resté parmi les compagnons d'Emmaüs en Suisse avant de se faire arrêter à l'occasion d'une petite visite familiale), ce Vincent Leroy, lanterne rouge du fameux procès des assassins de Maximilien Méhaignoul, le pompiste de la station Esso de la chaussée de Nivelles à Braine-l'Alleud tué en septembre 1990.
Déjà trois condamnations
Trois des accusés ont été condamnés par cette même haute juridiction en octobre 1992: l'auteur des deux balles dans la nuque fut condamné à vingt ans, son coauteur à la même peine, et le fournisseur de l'arme avec silencieux à quinze ans. Que reproche-t-on à Vincent Leroy? d'avoir prêté un véhicule aux tueurs. Il n'est pas considéré comme coauteur, l'enquête ayant établi qu'il n'a pas participé activement à tout ce drame, mais il entre dans le box des assises du Brabant sous la prévention de complicité, pour autant que les débats établiront, comme le dit l'acte d'accusation, qu'il aurait procuré un moyen qui a servi au crime sachant qu'il devait y servir.
Ce n'est que dans cette mesure qu'il sera accusé de complicité dans le vol de 100.000 F aggravé d'une circonstance de meurtre, ce qui peut valoir une peine maximale des travaux forcés à perpétuité. Malgré le fait qu'il n'a pas eu part au butin, et qu'il n'a reçu aucune espèce de rémunération pour le prêt de son véhicule. Ce sont eux qui le disent, a susurré déjà l'avocat général Jean Spreutels.
Il résulte de l'interrogatoire efficace mené par le président Jean-Paul Collin et du témoignage du juge d'instruction nivellois Luc Maes que Vincent Leroy exploitait un garage tout à fait marginal à côté du café “Les Tuileries” sur la chaussée du Mayeur Habiels à Bierghes. Pas de registre du commerce, pas d'inscription à la TVA, pas de factures, pas de déclarations fiscales, mais un revenu mensuel qui atteignait parfois les 100.000 F.
Tout cela reste du domaine de délits qui valent la correctionnelle. Que des truands aient jeté leur dévolu sur ce garçon de 30 ans, en perpétuel effort de reclassement social avec une maladresse endémique, quoi de plus normal? Vincent Leroy prêtait facilement des voitures: aux clients, aux amis. Il avait fait la connaissance de Daniel Laeremans (un des auteurs du hold-up mortel) d'une manière fortuite. Laeremans était passé devant ce «garage» et avait été séduit par une des voitures ripolinées par Vincent. Et Vincent avait été séduit par l'aménagement écologique de Laeremans dans sa caravane nichée dans un bois. Tu me prêtes une voiture? Mais bien sûr…
La difficulté à laquelle va se heurter la défense de Vincent, Mes Véronique Laurent et Nicolas Wolters, sera de faire comprendre ce qu'est une sorte de garage marginal de campagne avec des habitudes tout à fait insolites. Ce décalage par rapport à un garage normal a déjà coûté sa place à un juré, qui avait dit qu'il était impensable qu'il n'y ait pas toutes les huiles dans ce garage. C'était exprimer un avis qui mettait en cause la crédibilité de l'accusé: le juré a été rendu à son foyer.
Libéré rapidement
Le juge d'instruction a expliqué pourquoi Vincent Leroy a été libéré conditionnellement après quelques mois de détention: il faut faire un distinguo entre le prêt d'une arme et le prêt d'une voiture. M. Maes ajoute: Leroy était à la périphérie, ami de Laeremans, sans participer avec les autres. Alors, pourquoi n'être pas resté à l'étage des correctionnelles? Parce qu'à un moment de l'interrogatoire par le juge d'instruction, Vincent Leroy aurait dit qu'il n'excluait pas que Laeremans aurait pu commettre un vol, quoique pas avec sa voiture. Hélas! peu de questions sur les circonstances dans lesquelles ce bout de phrase a été prononcé. Était-ce spontanément, ou sur interrogation? Peut-être M. Maes le précisera-t-il ce mardi, puisqu'il revient à la barre. Je ne me creuse pas la tête, a dit Vincent. Tout est résumé en ces quelques mots.
Bron: Le Soir | Guido Van Damme | 8 Februari 1994
