Après l'ex-gendarme d'extrême droite, un avocat en prison. Les militants du FN ne manquent pas d'armes
Un avocat en prison et encore un arsenal de l'extrême droite découvert à Bruxelles. Pourquoi toutes ces armes? Un avocat dans le cabinet d'un juge d'instruction, rien que de très normal. Pour y recevoir lecture d'un mandat d'arrêt le concernant, voilà qui est plus exceptionnel. C'est la mésaventure survenue dans la nuit de mercredi à jeudi à Me Michel Delacroix, un avocat bruxellois de 44 ans chez qui l'on venait de saisir une quinzaine d'armes de défense et d'armes de guerre.
Domicilié boulevard de la Cambre à Ixelles (Google Maps) où il avait également son cabinet, Me Delacroix participa à la défense des intérêts du Front national de Daniel Féret, de Robert Faurisson (dont les thèses révisionnistes prétendent mettre en doute la réalité du génocide nazi) et - semble-t-il - du leader de l'extrême droite française Jean-Marie Le Pen.
Quand un avocat défend un client, cela n'implique pas qu'il adhère à ses idées ou défende ses actes. Mais les confrères de Michel Delacroix ont peu de doutes sur ses sympathies d'extrême droite et se souviennent de ses discours qualifés de révisionnistes. En outre, les enquêteurs ont découvert au domicile de leur suspect des documents, des revues, des tracts, des cassettes de propagande d'extrême droite ou même néo-nazie. Mais ce sont bien sûr les armes qui valent à Me Delacroix de se retrouver en prison. Il y en avait une quinzaine - presque essentiellement des armes d'épaule (des fusils de guerre et des armes de défense) - ainsi que plusieurs centaines de munitions.
Je suis collectionneur, explique l'avocat. Mais on a du mal à le croire: Michel Delacroix est aveugle. Que ferait-il d'un ou de quinze fusils de guerre? Conduits par le juge d'instruction Patrick Mandoux, les policiers de la 23e brigade de PJ (la "brigade nationale") ont encore perquisitionné chez deux hommes en relation avec l'avocat. Chez le premier - un restaurateur du quartier des Marolles - on a saisi trois armes de défense. Et chez le second - un ancien militaire de carrière - deux autres armes.
Le restaurateur explique qu'il avait subi des menaces et tenait ses armes de famille. Le militaire affirme avoir acheté une carabine pour lui et entreposé un pistolet pour faire plaisir à Michel Delacroix. En fait, les enquêteurs de la Brigade nationale enquêtaient sur certains membres de l'extrême droite belge depuis de très nombreux mois. L'arrestation de Me Delacroix intervient dans le contexte de cette enquête et, dit-on au Parquet de Bruxelles, elle n'est pour l'instant pas liée à la récente découverte d'armes chez l'ancien gendarme d'extrême droite Lucien Marbaix.
Il n'empêche: les récentes trouvailles de la PJ et de la Brigade nationale dans ces milieux d'extrême droite, chez des sympathisants du Front national, sont particulièrement inquiétantes. N'est-on en présence que de "groupuscules isolés de guignols et de francs-tireurs" (si l'on ose dire)? Ou le Front disposerait-il d'une milice armée?
On pourrait bientôt avoir des réponses plus précises à ces questions. En attendant, les armes (et les divers indices) saisis chez l'avocat ont été soumis à un examen scientifique. On cherche à savoir d'où viennent ces armes. Mais on compare aussi les projectiles qu'elles tirent avec ceux qu'on a pu relever dans d'anciennes grandes affaires criminelles à connotation politique. Dans quelques jours les résultats...
Bron: Le Soir | 19 november 1994
